Karine Sadaka, Directrice de Les Hôtels Solidaires
Mathilde Witschger, Coordinatrice Opérations Solidaires chez Les Hôtels Solidaires
Théo Hubert, Responsable tourisme durable chez Paris je t'aime - Office de tourisme
En 2025, 40,1 millions de touristes ont séjourné dans le Grand Paris. Avec 2 388 hébergements commerciaux et 155 027 chambres, le territoire dispose d’une offre d’hébergement particulièrement importante. À cette échelle, les pratiques de prévention des déchets, de réemploi et de valorisation peuvent constituer un véritable levier de transformation pour le secteur.
Le gaspillage alimentaire est l’un des flux les plus visibles dans l’hôtellerie. Pour un établissement, un produit acheté, stocké et préparé puis jeté représente une perte économique directe. Son impact va cependant au-delà de son coût : sa production, son transport, sa conservation et sa préparation ont également mobilisé de l’eau, de l’énergie, des matières premières et du travail.
Les volumes concernés peuvent être importants. Selon le baromètre 2023 de Take a Waste, un hôtel avec ou sans restaurant produit en moyenne 567 kg de déchets par chambre et par an. Pour l’hôtellerie haut de gamme, cette moyenne atteint 4 646 kg.
La réglementation pousse également les professionnels à agir. Depuis le 1er janvier 2024, le tri à la source des biodéchets est généralisé à l’ensemble des professionnels. La France s’est par ailleurs fixé pour objectif de réduire de 50 % le gaspillage alimentaire de la restauration commerciale d’ici 2030, par rapport à 2015.
Mais trier et valoriser ne doivent intervenir qu’après avoir cherché à éviter le gaspillage. La logique est d’abord de réduire les déchets à la source, puis de favoriser le don ou d’autres formes de réemploi lorsque les produits peuvent encore être utilisés, avant de recourir au traitement des déchets.
Pour un hôtel, cela peut commencer très concrètement par l’observation des pratiques quotidiennes.
Identifier les principaux flux jetés ou inutilisés
Mesurer les surplus alimentaires, notamment au petit-déjeuner et lors des événements
Ajuster les achats, les quantités préparées et les volumes présentés sur les buffets
Organiser correctement le tri à la source des biodéchets
Identifier les denrées et produits encore utilisables pouvant être donnés
Anticiper les renouvellements de mobilier, de literie et de textiles pour rechercher des solutions de réemploi avant leur mise au rebut
S’appuyer sur des acteurs spécialisés lorsque la collecte, le stockage ou la redistribution nécessitent une organisation logistique
La prévention des déchets et le réemploi dépassent largement la question alimentaire.
Lors d’une rénovation, d’un changement de gamme ou simplement du renouvellement courant d’un établissement, du mobilier, de la literie, du linge, de la vaisselle, des textiles professionnels, des équipements ou encore des produits d’hygiène peuvent ne plus avoir d’usage pour l’hôtel tout en conservant une valeur pour d’autres acteurs.
C’est tout l’enjeu de l’économie circulaire : maintenir les produits et les matières en usage aussi longtemps que possible, plutôt que de les considérer immédiatement comme des déchets. Réemploi, réutilisation, réparation ou transformation permettent ainsi de prolonger leur durée de vie et de limiter le recours à de nouvelles ressources.
Pour les professionnels, cela suppose donc de changer de regard : ce dont l’établissement n’a plus besoin n’est pas nécessairement arrivé en fin de vie.
Cette logique peut également répondre à des besoins sociaux très concrets.
Des surplus alimentaires encore consommables peuvent être redistribués. Du mobilier ou de la literie peuvent équiper des structures d’hébergement et d’accueil. Des produits d’hygiène peuvent être remis à des associations. Des textiles peuvent être réemployés ou transformés.
Il ne s’agit pas d’opposer prévention du gaspillage et solidarité. La priorité reste d’éviter de produire inutilement des déchets. Mais lorsqu’un produit ou un équipement ne peut plus être utilisé par l’établissement et conserve une valeur d’usage, le don et le réemploi permettent d’éviter une mise au rebut tout en répondant à des besoins du territoire.
Pour les hôtels, cette démarche permet de travailler très concrètement sur plusieurs dimensions de leur politique RSE : prévention des déchets, économie de ressources, achats responsables, ancrage territorial et solidarité. Elle constitue également un support concret pour sensibiliser et mobiliser les équipes.
Reste une difficulté importante : faire coïncider les ressources disponibles dans les hôtels avec les besoins des acteurs associatifs, au bon moment et dans de bonnes conditions. Collecte, stockage, transport et redistribution nécessitent une organisation que les établissements ne peuvent pas toujours assurer seuls.
C’est précisément sur ce lien entre les hôtels et les structures bénéficiaires qu’interviennent des acteurs spécialisés.
Les Hôtels Solidaires fait le lien logistique entre les hôtels et un réseau de 80 associations bénéficiaires. En 2025, grâce à des collectes quotidiennes en vélo-cargo et véhicule électrique, l’association a permis de redistribuer :
L’association articule son activité autour de 3 leviers complémentaires : le partage, la valorisation et la sensibilisation. En parallèle des collectes, l’association propose aux professionnels de l'hôtellerie les services d’un atelier solidaire qui permet de revaloriser leurs textiles (2,5 tonnes surcyclées et 6 500 articles créés en 2025) et à la sensibilisation des équipes, notamment via un jeu pédagogique.
Aujourd’hui, 85% des hôtels partenaires déclarent bénéficier grâce aux Hôtels Solidaires d’une solution fiable pour privilégier le don à la mise au rebut.