Toiture végétalisée Palais de Chaillot

Atelier du Manifeste : Réaliser son Bilan Carbone pas à pas

La Rédaction Paris je t'aime -
Dans un contexte réglementaire en pleine évolution, Paris je t’aime a réuni ses adhérents pour un atelier concret et pédagogique sur la réalisation d’un bilan carbone. Objectif : comprendre l’intérêt de la démarche, les étapes à suivre, les outils à disposition et les leviers d’action.

Un cadre réglementaire qui s’impose à tous

La lutte contre le changement climatique s’inscrit aujourd’hui dans un cadre juridique structuré à toutes les échelles. Des Accords de Paris à la Loi européenne sur le climat, en passant par la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC), la trajectoire est claire : atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

Certaines obligations sont déjà en vigueur :

  • Le Bilan des Émissions de Gaz à Effet de Serre (BEGES) est obligatoire tous les 4 ans pour certaines entreprises (article L.229-25 du Code de l’environnement).
  • Le Décret tertiaire impose une réduction de 40 % des consommations énergétiques dans les bâtiments de plus de 1 000 m² d’ici 2030, et impose de déclarer chaque année ses consommations via la plateforme OPERAT.
  • Dans ce contexte, la réalisation d’un bilan carbone n’est plus une démarche isolée ou réservée aux seules grandes entreprises. Elle devient une étape structurante pour toute organisation souhaitant anticiper les évolutions réglementaires, comprendre ses impacts réels et planifier sa décarbonation.

Pourquoi se lancer ?

En plus d’anticiper les enjeux réglementaires croissants, le bilan carbone permet de mettre en lumière les « vraies » sources d’émissions, parfois là où on ne les attend pas. En l’absence de données chiffrées, on risque de concentrer ses efforts sur des actions à faible impact tout en négligeant des postes majeurs ou à forte croissance, comme le numérique, en pleine expansion. Le bilan permet ainsi de prioriser ses actions selon leur potentiel réel de réduction des émissions de GES de l’établissement.

Réaliser un bilan carbone, c’est se situer sur une courbe de progrès. Cette première photographie permet ensuite de fixer des objectifs chiffrés et de suivre leur évolution dans le temps. Cela offre une vision structurée, avec des points d’étape et un suivi annuel possible grâce à la mise en place d’outils de reporting interne. C’est également un garde-fou pour éviter la perte d’information en cas de changement de référent au sein des équipes.

Dans un contexte où la communication verte est scrutée, un bilan carbone documenté et transparent permet de renforcer la crédibilité des engagements d’une organisation. C’est un levier de mobilisation pour les équipes internes, qui comprennent mieux pourquoi certains changements sont demandés, mais aussi pour les parties prenantes externes (clients, fournisseurs, partenaires institutionnels), qui perçoivent le sérieux de la démarche. Il permet également d’entraîner ses fournisseurs, en les incitant à fournir leurs propres données d’émissions d’une année sur l’autre.

En résumé : le Bilan Carbone permet de s’engager en faveur de la transition écologique et ainsi de :

  • Réduire ses émissions de GES durablement
  • Faire des économies à moyen et long terme
  • Disposer d’un avantage concurrentiel à court et moyen terme, et anticiper le moment où cela deviendra la norme pour tous
  • Fédérer ses équipes et ses fournisseurs autour d’un projet commun
  • Pouvoir communiquer de manière responsable sans craindre le greenwashing

Comment cela se passe ? Méthodes, prestataires et accompagnement

La réalisation d’un bilan carbone suit une méthode rigoureuse, encadrée par des référentiels reconnus, mais reste adaptable à la taille, aux moyens et à la maturité de chaque structure.

1. Choisir sa méthode

La méthode la plus utilisée en France est celle du Bilan Carbone®, développée par l’ADEME et aujourd’hui portée par l’Association Bilan Carbone (ABC). Elle permet de calculer l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre générées par une organisation, en tenant compte des scopes 1, 2 et 3 :

  • Scope 1 : émissions directes (chauffage, flotte de véhicules…)
  • Scope 2 : émissions indirectes liées à l’énergie (électricité, réseaux de chaleur…)
  • Scope 3 : autres émissions indirectes (achats, déplacements des visiteurs ou salariés, déchets, numérique…).

À l’échelle internationale, certaines structures utilisent aussi le GHG Protocol, plus fréquent dans les grands groupes ou les entreprises ayant une présence à l’étranger.

2. Étapes clés de la démarche

a. Définir le périmètre

  • Organisationnel : quelle(s) entité(s) sont concernées ?
  • Opérationnel : quelles activités, services, sites inclure ?
  • Temporel : quelle année de référence choisir ?

b. Collecter les données

  • Factures d’énergie, achats, déplacements, déchets, immobilisations, etc.
  • Données primaires (réelles) à privilégier, mais des données secondaires ou statistiques peuvent être utilisées.

c. Appliquer les facteurs d’émission

Conversion des données physiques (kWh, km, kg…) en CO₂e à partir de la Base Carbone de l’ADEME. Pour des données spécifiques, il est aussi possible de consulter des bases privées (payantes). Un pourcentage d’incertitude sera calculé pour chaque donnée. L’objectif est d’en avoir le moins possible.

d. Analyser les résultats

  • Identifier les principaux postes d’émissions.
  • Mettre en lumière les effets de levier potentiels.

e. Construire un plan de décarbonation

  • Co-construit avec les équipes.
  • Priorisation selon l’impact et la faisabilité.
  • Fixation d’objectifs mesurables et atteignables.

f. Préparer le suivi dans le temps

  • Outils de reporting à installer (fichiers partagés, tableaux de bord, etc.)
  • Documentation des hypothèses et des sources pour assurer la continuité même en cas de changement de référent.

3. Faire appel à un prestataire ou non ?

Il est tout à fait possible de réaliser un premier bilan en interne, à condition d’avoir du temps, une grande rigueur méthodologique et des compétences solides en analyse de données. Pour les structures plus novices, faire appel à un prestataire externe permet de gagner du temps et de garantir la fiabilité du diagnostic.

Quelques critères de choix :

  • Certification ou reconnaissance par l’ABC
  • Expérience dans le secteur touristique ou culturel.
  • Capacité à proposer un accompagnement adapté à la taille de la structure.

Exemple évoqué en atelier : un établissement a réalisé son bilan en 3 mois pour 8 000 €, incluant l’accompagnement et la formation des équipes. Mais on trouve des formules moins coûteuses en fonction de la plateforme/accompagnement retenu.

4. Outils et plateformes disponibles

L’atelier a présenté plusieurs outils accessibles, notamment pour les petites structures :

  • WeCount : plateforme intuitive, adaptée aux TPE/PME, avec accompagnement possible.
  • GoodPlanet : calculateur gratuit pour une première estimation de l’empreinte.

Ces solutions peuvent servir soit de point de départ pour s’autoformer, soit de base de discussion avec un prestataire.

Retrouvez plus d’informations sur l’annuaire des prestataires disponible sur le site de Paris je t’aime.

Agir en cohérence avec la réalité de la mesure

Un exemple concret a été partagé lors de l’atelier : celui de la prise en compte des déplacements des visiteurs dans les bilans carbones des établissements culturels. Faut-il imputer à un musée l’ensemble des kilomètres parcourus par un visiteur pour s’y rendre ? Et si ce même visiteur fait plusieurs arrêts touristiques, comment répartir cette empreinte ?

Pour éviter les doubles comptes ou les surévaluations, le ministère de la Culture recommande une approche pragmatique : proratiser l’impact carbone du transport en fonction du temps passé dans le lieu. Si un touriste passe 2 heures dans un musée et 6 heures dans un quartier commerçant, seule une fraction de son déplacement est attribuée à l’établissement culturel. Ce type de méthode permet d’ancrer l’analyse dans la réalité des usages, tout en conservant une cohérence globale du calcul.

En conclusion

S’engager dans une démarche de bilan carbone, ce n’est pas seulement cocher une case ou répondre à une obligation. C’est choisir de regarder son activité en face, chiffres à l’appui, pour agir là où l’impact est réel. Grâce à une méthode rigoureuse, un accompagnement adapté et des outils de plus en plus accessibles, il devient possible de transformer des constats en leviers concrets. La transparence, la cohérence et la continuité dans le temps sont les clés d’un engagement climatique crédible – et durable.

Des aides existent pour vous soutenir dans votre décarbonation, et plus largement, dans votre transition écologique.

Ressource utile : Comment se passer de la climatisation dans votre établissement ?