MF : En juin 2021, Voyage ouvrait sous la verrière Art Nouveau du 5e étage de la Samaritaine avec une promesse inédite à Paris : réunir cuisine, art, événements et expérience dans un même lieu. Diriez-vous que Voyage a ouvert la voie à une nouvelle façon de vivre l'hospitalité à Paris, plus expérientielle ?
YH : Oui. Les personnes qui ont porté cette vision en 2021 ont été un peu visionnaires. À l'époque, réunir dans un même lieu un restaurant, une programmation artistique, des événements d'entreprise et une véritable expérience de destination n'allait pas de soi. Cinq ans plus tard, les attentes ont profondément changé : les entreprises comme les visiteurs ne cherchent plus seulement un lieu atypique ou une prestation, ils cherchent une émotion, une histoire, une expérience complète. Cuisine, art, événements et expérience : cette promesse initiale est devenue très contemporaine. Les frontières entre restauration, culture, événementiel et tourisme se sont estompées. Aujourd'hui, on ne vient plus seulement déjeuner ou organiser une soirée ici : on y vient vivre un moment, dans un lieu iconique qui raconte l'histoire de Paris.
MF : Voyage est le tout premier lieu hybride exploité par GL events Paris Venues et l'un des premiers du groupe à avoir testé des dispositifs événementiels hybrides comme le duplex ou la retransmission live. Aujourd'hui à la tête d'un réseau de huit sites parisiens capables d'accueillir de 50 à 100 000 personnes, qu'est-ce que cette expérimentation a changé dans la stratégie du groupe à Paris ?
YH : Voyage a eu un rôle pionnier dans l'innovation événementielle. C'est un véritable laboratoire : nous y avons expérimenté de nouveaux formats, qu'ils soient technologiques, avec les premiers dispositifs hybrides, les duplex et la retransmission live d'événements, ou organisationnels. Il a fallu apprendre à faire cohabiter un restaurant gastronomique, une activité événementielle premium, une programmation culturelle et les contraintes d'un grand magasin ouvert au public. Cette expérience nous a appris qu'un lieu hybride ne fonctionne pas en additionnant des activités, mais en créant des synergies entre elles. Cette philosophie irrigue aujourd'hui l'ensemble de notre portefeuille parisien : chaque site du groupe a sa propre identité, mais tous s'appuient sur cette réflexion autour de l'expérience et de la programmation. La Maison de la Mutualité accueille par exemple de nouveau des spectacles le week-end, et le Paris Event Center développe sa propre verticale culturelle entre deux événements corporate.
MF : Vous pilotez une équipe de 42 collaborateurs, entre restaurant gastronomique et événementiel haut de gamme. En cinq ans, qu'est-ce qui a le plus changé dans les attentes des entreprises qui organisent leurs événements à Paris ?
YH : Je constate que les entreprises sont devenues beaucoup plus exigeantes sur l'expérience globale. Pendant longtemps, elles choisissaient un lieu pour sa capacité, sa localisation et ses équipements. Aujourd'hui, elles recherchent un lieu qui participe au récit de leur marque : elles veulent surprendre leurs invités, créer des souvenirs, générer du contenu, proposer un cadre qui a du sens. Elles attendent aussi davantage de personnalisation et d'accompagnement, en amont, pendant et après l'événement. L'événement n'est plus seulement un temps de rencontre : il devient un véritable outil de communication et de marque employeur.
MF : À deux pas du Louvre et du Pont-Neuf, en plein cœur du Paris historique, Voyage cumule une localisation rêvée et une offre hybride unique. Pourquoi une marque internationale choisirait-elle un site comme celui-ci plutôt qu'un lieu événementiel plus classique pour organiser un lancement de produit ou une convention à Paris ?
YH : Une marque internationale qui choisit Voyage ne choisit pas seulement un espace, elle choisit un imaginaire. L'endroit propose aujourd'hui plus de 1 000 m² d'espace événementiel, pouvant accueillir jusqu'à 600 invités : 350 en dîner assis, 600 en cocktail. Sa véritable valeur tient à son environnement. Recevoir ses invités au sommet de la Samaritaine, bâtiment emblématique de l'Art nouveau et de l'Art déco parisiens, face au Pont-Neuf, à quelques mètres du Louvre, donne une dimension particulière à l'événement. Les marques internationales recherchent aujourd'hui cette authenticité : elles veulent offrir une expérience profondément parisienne, dans un lieu qui possède une histoire, une identité et une portée symbolique forte.
MF : La Samaritaine, fondée en 1870, est l'un des monuments les plus chargés d'histoire de la capitale. En quoi cet écrin patrimonial nourrit-il l'expérience vécue par vos clients événementiels et qu'est-ce que Voyage lui apporte en retour ?
YH : Trois mots résument bien ce lien : patrimoine, modernité et magie parisienne. La Samaritaine fait partie du patrimoine vivant de Paris. Depuis sa rénovation, elle est redevenue un véritable lieu de création, à travers des expositions et des défilés de maisons comme Louis Vuitton, Patou ou Lacoste. Cet environnement nourrit naturellement les événements que nous accueillons : les marques viennent y chercher cette rencontre entre patrimoine, création et modernité. Mais la relation fonctionne dans les deux sens : chaque année, nos événements amènent plusieurs milliers d'invités, dirigeants, collaborateurs, journalistes ou créateurs, à découvrir ou redécouvrir le magasin. Beaucoup prolongent leur visite dans les boutiques ou les expositions : l'événementiel participe pleinement à l'animation et à l'attractivité du lieu.
MF : Si vous deviez retenir trois événements organisés chez Voyage qui racontent le mieux son identité, lesquels choisiriez-vous, et pourquoi ?
YH : Je citerais d'abord le tournage d'Emily in Paris, qui illustre parfaitement le pouvoir d'attraction internationale du lieu et de la Samaritaine. Il y a ensuite les événements liés à l'écosystème de la mode et du luxe, qui trouvent ici un décor naturellement cohérent avec leur image, comme une soirée organisée avec Netflix, le défilé Time, marque coréenne de prêt-à-porter, et le salon We Love Watches qu’on a pu développer. Enfin, je retiendrais les projets les plus complexes techniquement : faire entrer un piano à queue, transformer totalement les espaces, imaginer une scénographie sur mesure. Ce sont des défis dont on parle peu, mais qui traduisent parfaitement notre métier : rendre possible ce qui semblait impossible, sans jamais dénaturer le lieu.
MF : Les sites du groupe GL events s'inscrivent dans une démarche de certification ISO 20121, propre à l'événementiel responsable. Qu'est-ce que Voyage a appris sur ce terrain, qui inspire aujourd'hui les autres lieux parisiens du groupe ?
YH : Nous nous inscrivons naturellement dans la stratégie RSE portée par GL events Paris et l'ensemble du groupe, avec des actions communes autour de la certification ISO 20121 : réduction des consommations énergétiques, formation des équipes, amélioration continue de nos pratiques. Nous avons aussi développé des initiatives propres au restaurant, avec le chef Mathieu Viannay et nos partenaires : une cuisine de saison, la valorisation de produits sortant parfois des circuits traditionnels, une gestion fine des stocks et une lutte active contre le gaspillage alimentaire. Sur la diversité et l'inclusion, nous avons travaillé l'an dernier avec l'association Les Affûtés, qui accompagne des jeunes autistes : nous en avons formé plusieurs pendant un an au restaurant. C'est l'une de nos plus belles victoires depuis que je suis ici.
MF : Les cinq premières années ont permis de construire le socle de l'identité de Voyage. Comment cette identité va-t-elle évoluer dans les prochaines années ?
YH : Nous voulons continuer à renforcer ce qui fait la singularité de Voyage : cette capacité à faire dialoguer gastronomie, événementiel, création et patrimoine. Les cinq premières années ont représenté une vraie courbe d'apprentissage : il a fallu faire connaître un lieu à la fois caché et pourtant à la vue de tous, en haut de la Samaritaine. Nous sommes désormais sur une belle dynamique, et nous allons poursuivre le développement de notre programmation artistique, accueillir toujours davantage d'événements en cohérence avec l'identité du lieu, et faire de cette adresse un endroit où l'on vient autant pour vivre une expérience que pour organiser un événement, de jour comme de nuit.
MF : Comment imaginez-vous, à l’avenir, le lieu événementiel idéal à Paris ?
YH : Je pense que le lieu événementiel idéal sera moins défini par sa fonction que par sa personnalité. Les lieux les plus attractifs seront ceux qui auront une identité forte, une programmation, une vie quotidienne et une véritable inscription dans leur environnement. Ils devront être capables de faire cohabiter plusieurs visages, d'être responsables dans leur fonctionnement, de proposer des expériences toujours plus immersives et de créer un lien avec leur quartier et son histoire. Finalement, c'est une vision que nous explorons à Voyage depuis cinq ans : faire d'un lieu événementiel un véritable lieu de vie.