Palais de Tokyo : l’accessibilité au cœur d’une expérience culturelle inclusive

La Rédaction Paris je t'aime - Mis à jour le
Au Palais de Tokyo, l’accessibilité dépasse les aménagements physiques et pense une expérience inclusive. Catalina Martinez-Breton, Chargée de l’accessibilité et de l’inclusion par l'art, revient sur les actions engagées, l’audit accessibilité et les projets à venir
L’objectif, c’est que tout le monde puisse bénéficier du même parcours de visite.
Catalina Martinez-Breton, Chargée de l’accessibilité et de l’inclusion par l'art au Palais de Tokyo
Catalina Martinez-Breton - Chargée de l’accessibilité et de l’inclusion par l'art

INTERVIEW | Interview avec Catalina Martinez-Breton, Palais de Tokyo

Découvrez l'entretien entre Lisa Le Coq, Responsable accessibilité chez Paris je t'aime et Catalina Martinez-Breton, Chargée de l’accessibilité et de l’inclusion par l'art au Palais de Tokyo.

Dans cet interview elles parlent des actions engagées, les enseignements d’un récent audit accessibilité et des futurs projets au Palais de Tokyo.

LLC : Pourquoi le Palais de Tokyo a-t-il choisi de faire de l’accessibilité une priorité ?

CMB : L’accessibilité n’est pas un sujet nouveau au Palais de Tokyo. Elle s’est d’abord imposée en raison même du bâtiment, construit en 1937 et composé de plusieurs niveaux, avec de nombreux escaliers et des différences de niveaux importantes. En conséquence, en termes d’accessibilité, ça a toujours été un défi : longtemps, la priorité a été mise sur les enjeux de circulation, notamment pour les personnes à mobilité réduite.
Nous sommes dans une volonté de politique des publics qui est en lien avec nos missions de service public : rendre les œuvres et notre programmation accessible au plus grand nombre dans une volonté d’être inclusif, de prendre en compte les besoins spécifiques de chaque personne, et notamment des personnes en situation de handicap.
Cette volonté est d’autant plus importante que les questions d’inclusion peuvent parfois être directement présentes dans les expositions et dans les thématiques abordées par les artistes. Pour le Palais de Tokyo, il existe donc une véritable nécessité de cohérence entre ce qui est présenté dans les expositions et la manière dont les visiteurs sont accueillis.

Le hamo : l'espace de médiation, d'éducation et d'inclusion par l'art

Palais de Tokyo - le hamo
©Rachael Woodson/Palais de Tokyo

LLC : L’objectif est-il d’accueillir davantage de visiteurs en situation de handicap ?

CMB : Oui, mais ce n’est pas la finalité première de la démarche : l’objectif est d’accueillir tout le monde avec ses spécificités et que l’offre culturelle à destination des personnes en situation de handicap soit la plus riche et diversifiée possible.
Bien sûr, augmenter la fréquentation des personnes en situation de handicap est souhaitable, mais nous ne sommes pas dans une logique d’augmentation de la fréquentation à tout prix. C’est plutôt un effet de notre démarche. Et donc, le véritable objectif est de permettre à chacun de vivre la même expérience culturelle, avec les adaptations nécessaires pour bénéficier du même parcours de visite, quelles que soient les besoins.

LLC : Vous avez récemment réalisé un audit d’accessibilité. Qu’est-ce que cette démarche vous a apporté ?

CMB : L’audit accessibilité a permis de mettre en lumière plusieurs points d’amélioration. Nous nous sommes concentrés dans un premier temps sur les enjeux de signalétique, depuis l’extérieur jusqu’aux parcours d’exposition et aux toilettes.
À la suite de l’audit, plusieurs corrections ont été réalisées, puis un travail plus approfondi a été mené avec le studio graphique du Palais de Tokyo afin de rendre les indications plus claires.
Mais au-delà des changements matériels, l’audit a surtout permis aux équipes de changer leur regard sur le bâtiment : il est vrai qu'il a permis à tout le monde d’ouvrir les yeux. Ce sont des espaces que nous voyons quotidiennement, et quand nous les voyons tous les jours, nous ne faisons plus forcément attention aux petits détails.
Donc, le fait d’avoir un regard extérieur permet ainsi de se placer du point de vue d’un visiteur qui arrive pour la première fois.

L’audit a également permis de mobiliser plusieurs services de l’institution : production, commissariat d’exposition, communication, services techniques… chacun a pu prendre davantage conscience de l’importance de ces questions. C’était vraiment un travail transversal, chacun s’est emparé du sujet.

Aujourd’hui, c’est une œuvre, mais elle restera et perdurera dans les saisons d’exposition prochaines.
Catalina Martinez-Breton, Chargée de l’accessibilité et de l’inclusion par l'art au Palais de Tokyo

LLC : Quelles actions concrètes ont déjà été mises en place ?

CMB : Le Palais de Tokyo a engagé plusieurs actions, notamment grâce à une enveloppe budgétaire spécifiquement consacrée à l’accessibilité lors de la saison actuelle.

Parmi les dispositifs mis en place, nous trouvons notamment des assises inclusives, des dispositifs d’audiodescription, des tablettes tactiles et des présentations vidéo en LSF à l’entrée des expositions : afin d’apporter plus de confort aux visiteurs en fonction de la nature de leur handicap.

Le Palais de Tokyo développe également les documents en FALC – facile à lire et à comprendre – ainsi que des documents complémentaires permettant aux visiteurs de se déplacer de manière plus autonome dans les expositions.

Une autre initiative particulièrement intéressante est la création d’une rampe conçue avec l’artiste Joseph Grigely. Dans ce cas, l’accessibilité devient elle-même une dimension artistique du projet : aujourd’hui, c’est une œuvre, mais elle restera et perdurera dans les saisons d’exposition prochaines.

Le travail porte également sur l’accompagnement humain. Les équipes de médiation sont progressivement formées à l’accueil de publics ayant des besoins spécifiques. Environ 60 % des salariés ont notamment suivi une formation aux premiers secours en santé mentale.

Rampe conçue par Joseph Grigely

Palais de Tokyo - salle avec rampe accessible de Joseph Grigely
©Quentin Chevrier/Palais de Tokyo
Palais de Tokyo - zoom sur la rampe accessible de Joseph Grigely
©Palais de Tokyo

LLC : Quels sont encore les points à améliorer ?

CMB : L’accessibilité des textes et des cartels constitue notamment un chantier important : j’aimerais beaucoup que les cartels d’œuvres, les cartels d’exposition soient plus inclusifs, plus accessibles. Je les trouve encore trop souvent longs et complexes dans les formulations. La difficulté ne concerne d’ailleurs pas uniquement le vocabulaire, mais aussi la taille de la police, l’éclairage ou encore l’emplacement des cartels peuvent également poser problème.

Le Palais de Tokyo doit également composer avec le caractère temporaire de ses expositions. À chaque nouvelle saison, les dispositifs doivent être repensés et certaines bonnes pratiques peuvent malheureusement se perdre : il est parfois nécessaire de resensibiliser les personnes concernées.

Palais de Tokyo - visite accessible

LLC : Quel conseil donneriez-vous à un établissement qui souhaite se lancer dans une démarche d’accessibilité ?

Le conseil est assez simple : commencer par un audit.

Cela est très utile car l'on a beau essayer de s’emparer du sujet : ce sont des espaces qu’on côtoie au quotidien et dont on ne voit plus les défauts. L’intervention d’un regard extérieur permet alors d’aller plus loin que les recommandations théoriques : un œil expert pour tout passer en revue.
L’audit permet également de se sentir accompagné et de transformer les intentions en actions concrètes : il permet de lancer les choses de manière concrète et de se sentir accompagné.

DÉCOUVRIR LE BILAN D'ACCESSIBLITÉ

LLC : Quels sont les prochains projets du Palais de Tokyo ?

CMB : Les futurs travaux du Palais de Tokyo constituent une nouvelle occasion de poursuivre cette démarche. Le bâtiment doit fermer à partir du 27 juin 2027 pour une période de travaux, notamment liés à l’électricité et aux verrières. L’accessibilité devrait également être intégrée à cette réflexion.
Parmi les projets envisagés figure notamment l’amélioration de l’accès dans le hall : il serait bien d’arriver à créer un plateau sur un seul et même niveau, légèrement en pente, qu’emprunterait tout le monde, plutôt que d’avoir une rampe à côté.
Il est également souhaité de poursuivre la formation des équipes et améliorer l’accessibilité des contenus écrits. Enfin, nous envisageons de profiter de la période de travaux pour structurer davantage notre politique d’accessibilité et, à terme, candidater au label Tourisme & Handicap.

Au-delà des aménagements techniques, c’est donc une véritable évolution des pratiques que le Palais de Tokyo cherche à construire : faire de l’accessibilité un réflexe partagé par les équipes et l’intégrer dès la conception des projets, pour que l’expérience du musée soit réellement pensée pour tous.

Palais de Tokyo - façade et Tour Eiffel
©Olivier Lecuyer/Palais de Tokyo