Paris vibre pour le eSport

Du 8 au 21 mai 2023, Paris a accueilli l’un des plus grands événements mondiaux du eSport, le Major du jeu Counter-Strike. La finale, qui se jouait à guichet fermé devant 12 000 spectateurs pour plus d’1 million d’euros de dotation, a vu triompher les Français de la Team Vitality.

Nous en avons profité pour poser quelques questions à Robbie Douek, PDG de Blast, l’entreprise organisatrice de l’événement. Une opportunité unique d’en apprendre plus sur un secteur en plein essor, avec des codes peu connus d’une partie du grand public, et des enjeux inédits.

  • Robbie, vous êtes le CEO de Blast, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Blast est une société d’événementiel et de divertissement dans le domaine du eSport. Créée il y a 5 ans, l’entreprise est danoise et compte aujourd’hui 150 employés répartis entre Copenhague et Londres. Elle est devenue l’un des principaux acteurs dans le domaine.Nous organisons des événements comme des ligues et des tournois de très haut niveau, avec des équipes professionnelles, sur plusieurs grands jeux de eSport (Counter Strike, Fortnite Rainbow Six…).

  • Qu’est-ce que le Major de Paris sur Counter Strike et pourquoi est-il si important ?

Il s’agit du plus grand tournoi annuel du jeu Counter Strike. Il se déroule une fois par an dans un lieu différent à chaque fois. Le tournoi est ouvert à toutes les équipes et représente un travail de qualification de plusieurs mois avant cette grande réunion finale qui dure deux semaines et demie. Le Major est diffusé dans 230 millions de foyers, sur 150 pays et dans 27 langues ! C’est un tournoi très attendu par le grand public et les fans de Counter-Strike.

  • Le tournoi se déroule donc sur deux semaines et demie dans 2 lieux parisiens : le Parc Floral pour les phases de qualification et l’Accor Arena pour les finales. Pourriez-vous nous dire quels sont les besoins spécifiques d’un événement eSport ?

Premièrement, la durée. En dehors des jeux olympiques, il est rare qu’un événement international arrive dans un pays et ait besoin de s’installer sur place pendant 2 à 3 semaines. Ensuite, il faut beaucoup d’espace : dès les périodes de qualification, entre 6 à 8 équipes jouent en même temps, il faut donc de la place pour leur « set up » (5 joueurs, un entraineur, la famille...). De la connexion fibre très puissante est évidemment nécessaire, ainsi que du personnel qualifié sur place pour la production, la diffusion et la partie événementielle : restauration, hospitality, transports. Pour la phase finale, 400 personnes ont travaillé sur l’Accor Arena dont 70% de Français embauchés pour l’événement.

Enfin, la logistique est primordiale, les villes qui reçoivent doivent être des « hub » pour faire venir des joueurs du monde entier : présence d’aéroports internationaux et importance de l’accessibilité en transports en général. L’offre hotellière doit également pouvoir répondre à ces impératifs ainsi que les services de transports dans la ville.

  • Qu’avez-vous trouvé de propice à Paris à l’organisation de cet événement ?

De nombreuses choses ! Tout d’abord il y a une grosse communauté française du gaming, avec des équipes, des joueurs et des gens qui travaillent dans l’écosystème eSport. Cela nous aide énormément car nous avons besoin d’embaucher beaucoup de ressources en local.

Paris dispose également de nombreuses grandes salles et lieux qui ont l’habitude d’accueillir des événements majeurs, et jouit d’une grande capacité hôtelière. Or le besoin est énorme pour recevoir les 32 équipes sur place. Nous sommes très contents que les Major se soient tenus à Paris !

  • Comment se déroule le grand spectacle des phases finales à l’Accor Arena ?

Ce sont quatre jours d’événement de haut niveau, des quarts de finale jusqu’à la grande finale. Un match dure entre 1h30 et 2h et les fans sont au rendez-vous, qu’ils regardent en live chez eux ou dans l’arène.

C’est vraiment une expérience qu’il faut vivre pour la comprendre : quand on arrive dans la salle, il y a une combinaison de jeux de lumière, de sons, et même une odeur particulière à cause des technologies et des énormes écrans. Tout cela rend le moment inédit et très attendu des fans. Pendant des heures, le public ne bouge pas de son siège ! L’ambiance est très animée, il y a des cris et des chants, c’est comme un match de foot mais à l’intérieur. Les gens sont passionnés par leur équipe. Certains fans les suivent à chaque compétition et s’habillent fièrement à leur couleur.

  • Est-ce que l’eSport préfigure selon vous les grands événements de demain ?

Ce qui me passionne, c’est le lien entre ce qui se passe en physique et ce qu’on regarde à distance. Si on prend des exemples comme la Formule 1, le football ou le tennis, le spectateur regarde le spectacle seulement, il ne peut pas activer ni influencer quoi que ce soit. Dans le eSport c’est différent : il y a une vraie relation entre le public qui regarde à la maison, le public dans la salle et les joueurs. Le gaming et les technologies rendent cela possible.

Notre plateforme, Blast.tv, sert pour diffuser les matchs en direct, mais propose aussi une expérience à travers laquelle l’internaute peut interagir, activer, influencer…. Il peut décider : voter pour qui va jouer en premier par exemple, parler au commentateur, tchatter avec les joueurs après le match, etc. C’est aussi possible pour le public dans la salle qui peut voter pour influencer le show.
C’est l’avenir : rendre les technologies faciles à utiliser et améliorer les expériences, les rendre inédites !

  • Pensez-vous qu’il y a un tourisme eSportif qu’il faut prendre en compte ?

La part des gens qui voyagent spécialement pour cet événement est importante, d’autant plus que cela a lieu à Paris. Il y a souvent deux types de profils : les parents qui voyagent avec les enfants (père et fils principalement) et les groupes d’amis (4 à 8 personnes). Les profils sont très divers, certains ont des moyens élevés et pour d’autres cela représente un réel budget… Le tourisme de l’eSport n’est pas encore très développé, il y a très peu d’acteurs spécialisés. Mais la vente rapide des billets pour cet événement (50 000 en 4 jours !) montre que cela fonctionne bien. Cela devrait donc changer vite.

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