Créée en 2026, N.E.O. vise l'esport mondial depuis la France. Son fondateur dévoile une annonce exclusive pour Paris.
MF : Bertrand Amar, vous avez fondé NEO avec Matthieu Dallon après dix ans à développer l'esport chez Webedia. En quoi consiste concrètement le métier de promoteur esport ?
BA : Un promoteur esport organise des compétitions. Elles peuvent se dérouler en ligne, avec une diffusion en direct, ou physiquement, lors d'événements publics. On parle alors de compétitions “offline”. Notre travail consiste à créer le lien entre trois acteurs : les communautés esport (équipes et joueurs, amateurs ou professionnels), le public et l'éditeur, qui détient le jeu. Toute compétition commence par un accord avec l'éditeur. Il nous confie, en quelque sorte, les clés de sa licence. Nous pouvons alors développer des compétitions autour de son jeu.
MF : Vous avez choisi de baser votre société à Paris. Qu'est-ce que la capitale vous apporte que vous ne trouveriez pas ailleurs ?
BA : NEO est un promoteur français, avec une dimension européenne et internationale. Nous ne nous positionnons pas par défaut sur des compétitions françaises. Nous visons des compétitions européennes ou mondiales, produites en France ou qui s'y déroulent. Pourquoi la France ? C'est un pays assez unique sur la carte mondiale de l'esport, avec une audience très forte, une vraie structuration et des équipes professionnelles. Nous voulons mettre en avant ce savoir-faire français. Pourquoi Paris ? Pour les acteurs internationaux, la France, c'est avant tout Paris. Être à Paris, c'est déjà une signature. La plupart des commentateurs, des sociétés de production et des studios avec qui nous travaillons y sont basés : c'est une facilité au quotidien. Enfin, l'économie de l'esport repose beaucoup sur le sponsoring. La quasi-intégralité des grandes agences et la grande majorité des marques sont à Paris. Pour l'organisation d'événements esport à Paris et leur développement commercial, c'est une vraie force.
MF : Cet été, l'Esports World Cup s'est tenue à Paris Expo Porte de Versailles, avec près de 2 000 joueurs venus de plus de 100 pays. Que dit cet événement sportif à Paris du rayonnement international de Paris et de l'esport ? Et quelle expérience événement à Paris peut-on y vivre ?
BA : C'est la validation de ce dont beaucoup de personnes sont convaincues, moi le premier : la France a une place à part. Cet été, l'Arabie saoudite ne pouvait plus accueillir des joueurs du monde entier, en raison de la situation géopolitique locale. Il a fallu trouver une solution de repli pour ne pas annuler la compétition. D'autres destinations ont été explorées, mais c'est Paris qui l'a emporté, assez naturellement.
Les raisons sont nombreuses. La France est une terre d'esport depuis près de trente ans. L'Esports World Cup prolonge l'Electronic Sports World Cup, née en France : mon associé Matthieu Dallon l'a créée en 2003 à Poitiers. Cette histoire a fait grandir l'écosystème, avec des équipes qui brillent à l'international, comme Vitality, Gentle Mates ou Karmine Corp, et d'autres partout en France, comme Solary, du côté de Tours. Quand un éditeur organise un événement en France, il a la garantie de salles combles et d'une ambiance dans les tribunes qu'on ne retrouve pas ailleurs. Il y a aussi l'accessibilité : Paris est un énorme hub, accessible en vol direct à peu près partout dans le monde, et au milieu de l'Europe. Beaucoup de gens viennent voir une compétition et en profitent pour passer du temps dans la capitale.
MF : Paris face à Berlin, où Riot Games a installé son arena dédiée à l'esport : comment l'esport à Paris se positionne-t-il face à ce type de hub permanent ?
BA : Paris est, à mon sens, la capitale européenne de l'esport. Mais cela se concrétise uniquement par l'accueil d'événements. C'est Paris qui reçoit le plus de compétitions internationales. En un an, nous avons reçu les championnats du monde de Fortnite, de Rocket League et de Valorant. Nous avions reçu ceux de League of Legends, puis EVO en France. Aucun autre pays n'en reçoit autant. Berlin, elle, compte plus de journées d'événements dans l'année. Riot Games, l'éditeur américain de League of Legends et de Valorant, y a installé son principal studio de production. Il accueille chaque semaine les matchs des championnats européens. Autour de lui, tout un écosystème s'est installé : joueurs, coachs, préparateurs physiques et mentaux, marketing. Pour l'organisation d'événements esport à Paris, nous n'avons pas encore de studio dédié à l'accueil régulier de compétitions. Quand on organise une compétition en France, il faut construire son cadre d'accueil dans des salles qui ne sont pas dédiées à l'esport. C'est clairement un chantier qui mériterait d'être ouvert.
MF : Vous organisez des compétitions dans plusieurs villes françaises. Comment articuler l'organisation d'événements esport à Paris avec celle des autres villes, et quel impact pour le tourisme MICE et les grands événements à Paris ?
BA : Paris a moins besoin de faire d'efforts pour attirer une compétition. Pour un éditeur, accueillir de grands événements à Paris paraît évident : c'est le grand hub des transports. Il y a aussi les infrastructures événementielles de Paris : énormément de salles et d'hôtels, et un public local qui remplit déjà la salle. Les villes de province doivent davantage faire valoir leurs atouts. Certaines l'ont compris, comme Nice et Montpellier. Elles ont investi, par un apport financier ou par la mise à disposition d'infrastructures. Lyon a aussi séduit avec la LDLC Arena, une salle moderne qui a intégré l'esport dans sa conception. Elle a reçu deux compétitions majeures en 2025, sur Fortnite et Rocket League. Recevoir une compétition esport a beaucoup d'avantages pour une ville. On accueille un public très connecté aux réseaux sociaux : les retombées en citations sont sans commune mesure avec celles d'un artiste en tournée. Et c'est le public qui voyage vers l'événement. L'impact économique est énorme : une ville de province qui reçoit un événement international peut compter plusieurs millions, voire plus de 10 millions, d'impact direct pour les commerçants, les hôteliers et les restaurateurs. Enfin, cela donne une image de modernité, car peu de villes accueillent des événements internationaux.
MF : L'esport a longtemps eu une image très masculine. La diversification des audiences change-t-elle la manière de construire les compétitions ?
BA : Non, cela ne doit pas changer la manière de concevoir les compétitions. L'esport est mixte par définition. Mais c'est le haut d'une pyramide dont la base, les joueurs et joueuses de jeux vidéo, compte un peu moins de femmes. C'est pourquoi nous organisons aussi des compétitions réservées aux joueuses. Le principe reste le même : même compétitivité, même ambition de production. Les femmes sont de plus en plus présentes, sur scène et dans le public. Je pense que nous sommes autour de 25 % de public féminin, en forte progression depuis le Covid. Une étude européenne a montré que 50 % des nouvelles audiences de l'esport étaient féminines à cette période. Sport et esport n'ont pas connu le même sort pendant les confinements : le sport s'est arrêté, pas l'esport, qui se joue en ligne. Sur les jeux de combat, les femmes brillent aussi. Nous organisons EVO France, l'étape européenne de la plus grande compétition mondiale de jeux de combat. L'an dernier, une joueuse de 16 ans, Neia, y a surpris tout le monde, à deux doigts des finales sur 1 000 participants. Cette année, elle a signé chez Vitality. C'est un des grands espoirs de l'esport féminin.
MF : Vous avez une annonce à faire en exclusivité. Quel événement sportif à Paris allez-vous accueillir, et quelle expérience événement à Paris pour les joueurs ?
BA : Nous sommes heureux d'annoncer qu'EVO France 2027 se déroulera à Paris. Cela a été révélé le 11 octobre, sur scène, en clôture d'EVO France 2026 à Nice. EVO est la plus grande compétition mondiale de jeux de combat : Street Fighter, Tekken, mais aussi des jeux plus récents, comme Marvel Tōkon. Elle a lieu depuis 25 ans chaque été à Las Vegas, et depuis une dizaine d'années chaque printemps à Tokyo.
J'ai eu la chance de travailler avec EVO pour faire venir la compétition en Europe. À Nice, en 2026, ce fut un énorme succès : des joueurs et des joueuses de 95 pays. Jamais un EVO n'avait accueilli autant de nationalités. Cela prouve l'accessibilité de la France. À Paris, je pense que nous pouvons dépasser ce chiffre. Organiser un événement esport à Paris, c'est aussi pouvoir recevoir plus de joueurs, grâce aux infrastructures événementielles de Paris, plus grandes que par le passé. Paris sera un atout pour séduire encore plus de partenaires. Nous sommes extrêmement heureux d'annoncer que Paris sera la capitale mondiale du Versus Fighting, les 22, 23 et 24 octobre 2027.
MF : Qu'est-ce que cette annonce change pour vous, pour le tourisme MICE et les grands événements à Paris ?
BA : Elle renforce notre partenariat avec EVO, qui organise deux dates historiques, à Las Vegas et à Tokyo. Paris a vocation à s'installer dans la durée, comme Las Vegas depuis 25 ans et Tokyo depuis dix ans. C'est le grand changement pour l'esport à Paris : installer un événement durablement dans la ville, et pas un événement ponctuel, comme une finale de championnat du monde qui, l'année suivante, se tient ailleurs. Organiser un événement esport à Paris est un choix de très long terme. Il doit devenir un rendez-vous du calendrier parisien, comme d'autres événements sportifs à Paris : l'arrivée du Tour de France ou d'autres grands moments sportifs. C'est la première fois qu'une compétition mondiale va s'installer durablement à Paris.
Pour nous, c'est la chance de développer et d'accompagner une compétition dans la durée. Faire venir des partenaires demande énormément d'efforts, et encore plus s'ils pensent que leur investissement sera ponctuel. Ici, nous pourrons créer des liens de long terme, avec des partenaires qui inscriront cette date à leur agenda chaque année.
MF : Si l'on se projette dans dix ans, comment imaginez-vous le rayonnement international de Paris et de l'esport ?
BA : J'espère que la place de Paris aujourd'hui sera confortée, peut-être par des infrastructures événementielles à Paris qui permettront d'accueillir des compétitions presque tous les jours, comme à Berlin. J'imagine que Paris sera, si ce n'est la première destination mondiale, toujours dans le top 3, probablement aux côtés de Qiddiya, la ville en train de naître en Arabie saoudite, et d'une ville de Chine. Qiddiya intègre dans son ADN énormément d'infrastructures et de compétitions. Elle doit accueillir l'Esports World Cup. Les moyens mis sur ce projet par le royaume d'Arabie saoudite lui donneront une place extrêmement importante sur la carte mondiale. En Chine, l'esport est extrêmement fort, avec des audiences très fortes. Mais en Europe, je ne vois pas la place de Paris contestée. L'avenir de l'esport à Paris, c'est une certitude.